L’arbitrage entre rentabilité, sécurité et liquidité

 par Jean-Christophe Capelli

 

La morale de Candide (« il faut cultiver son jardin ») est aisée à comprendre : pour être heureux, il faudrait sagement rester chez soi et construire son bonheur dans la simplicité. Candide, être doté d’une curiosité sans limite, découvre cette maxime de vie à la fin d’un long périple durant lequel il a vu les souffrances et injustices de l’humanité. Il doit donc renoncer à une vie palpitante et intense pour être heureux. Considérons que la vie - au sens de l’existence que nous menons - est une donnée palpable, quantifiable – exprimée en temps – et dotée de divers attributs : longueur, beauté, et pour notre exemple bonheur et intensité.

Si l’on assimile la vie à un actif, on voit alors que cet actif, considéré selon la maxime voltairienne, ne peut offrir à la fois bonheur et palpitations. Candide fait un arbitrage final en faveur du bonheur et se décide à mener son existence dans la quiétude.

Il en va de même pour la gestion de vos finances personnelles : nul besoin d’écouter les gourous, ces Pangloss trop optimistes, bons vendeurs ou peu scrupuleux qui vont vous vanter les mérites d’actis financiers apportant à votre épargne un dynamisme incroyable, une sûreté à l’épreuve de toutes les tempêtes, tout en étant revendables d’un simple claquement de doigts.

Pour comprendre comment gérer les incompatibilités au sein du tryptique rentabilité/sécurité /liquidité, il faut s’attacher à bien connaître les caractéristiques de ces attributs d’actifs financiers. C’est uniquement au prix d’une connaissance pragmatique de ce tryptique que vous trouverez votre « philosophie » en termes de placements d’épargne, une philosophie faite d’arbitrages personnels correspondant à vos besoins à court et long termes ainsi qu’à votre personnalité.

 

 

1)   Définitions

 

La rentabilité d’un actif financier correspond aux bénéfices qu’il dégage en fonction des moyens engagés dans cet actif. Ainsi, un compte épargne de type livret A (désormais disponible dans toutes les banques) possède actuellement un rendement relativement modeste de 1,25% : pour 100 € investis, vous touchez 1,25 € à la fin de l’année.

 

La sécurité de votre investissement évalue le risque de ne pas recouvrir complètement la somme investie. Le risque est par exemple nul pour un livret A puisque vous ne pouvez pas perdre un centime de vos économies placées sur ce type de compte rémunéré. En revanche, investir dans une entreprise naissante est beaucoup plus risqué puisque si le créateur échoue dans son projet et liquide juridiquement sa société, vous ne récupérerez pas votre capital.

 

Enfin, la liquidité d’un actif financier fait référence à un type particulier de risque : celui de ne pas pourvoir vendre rapidement et à son prix un titre financier. L’illiquidité d’un placement entraîne sa décote voire parfois l’impossibilité totale de le récupérer. Si vous possédez une action, elle est généralement liquide (le marché de la Bourse permet l’échange rapide d’actions, moyennant des frais de gestion assez raisonnables) sauf en cas de crise où chacun se précipite pour revendre face à une demande qui se tarit brusquement par manque de confiance. Concernant les placements sur des comptes épargne comme notre bon vieux livret A (toujours lui !), on peut estimer que sa liquidité est excellente puisqu’en quelques clics vous retirez la somme que vous désirez sur votre compte courant.

Voilà pour les éclaircissements nécessaires à la compréhension de cet article. Essayons de voir maintenant comment s’articulent rentabilité, sécurité et liquidité dans la gestion de vos finances personnelles…

 

2)   Arbitrages et exemples

 

En finance, on dit de façon générale que la rentabilité et le risque croissent de façon proportionnelle. Sans entrer dans les détails, on comprend parfaitement bien pourquoi un prêteur exigera d’un emprunteur un taux d’intérêt et donc une rémunération plus élevé si la situation financière de cet emprunteur laisse planer des doutes sur sa capacité de remboursement. En revanche, un prêt d’argent à court terme à une personne dont la solvabilité paraît très bonne coûtera bien moins cher à l’emprunter.

Ce mécanisme simple intervient dans tout le système financier : il en va ainsi de même pour les marchés financiers, les rendements attendus des actions, des placements immobiliers (inquiétude ou non quant à la dépréciation du bien) ou des comptes épargne.

 

Tout dépend donc de votre aversion au risque. Ce concept est généralement reconnu comme l’un des comportements primordiaux dans la conduite de la vie économique et financière. En ce qui concerne votre épargne, votre aversion au risque peut dépendre de nouveaux facteurs :

-les sommes investies/sommes disponibles (revenus, patrimoine…)

-votre personnalité

-votre besoin en argent dans le temps : êtes-vous dans une période de votre vie ou vous préférez un revenu moindre mais sûr ou pouvez-vous vous permettre une espérance de gain plus forte qui au prix du risque de perdre une partie non négligeable de votre placement financier et de perdre alors la capacité de payer votre emprunt immobilier ou les études de vos enfants ?

-… (L’aversion au risque dépend d’une multitude de critères rationnels ou non qu’il serait impossible de lister exhaustivement)

 

Vous comprenez donc pourquoi un livret A est actuellement rémunéré 1,25% alors que si vous investissez une somme conséquente dans une nouvelle société (investissement de type « Business Angel »), vous espérez un rendement de l’ordre de 20 à 30% au terme de quelques années.

 

Concernant la liquidité, elle est à prendre en compte comme un risque associé au placement : celui de l’illiquidité. Ainsi, si un placement vous intéresse mais que sa liquidité ne semble pas très importante, assurez-vous bien qu’il propose un rendement intéressant et que vous n’aurez pas besoin de l’argent investi de façon urgente. Si c’est bien le cas, un investissement immobilier peut être très judicieux par exemple. En effet, ce type de placement a tendance à s’apprécier avec le temps (la chute des prix associée à la crise est derrière nous qui plus est) et diversifie votre portefeuille en faisant diminuer son risque puisque le marché immobilier et les marchés d’actions et obligataires ne sont que faiblement corrélés. Dans le cas contraire, préférez un placement sur un compte épargne ou même sur le marché boursier. Cependant gardez bien en tête que le marché boursier est en partie illiquide puisque rien ne vous assure que le prix d’exercice de l’action au moment de la revente (lorsque vous avez besoin de cash) ne sera pas inférieur au prix d’achat de l’action, ce qui correspond à la définition de l’illiquidité.

 

En bref, ne vous laissez pas éblouir par de mirifiques plus-values qui correspondent bien souvent à une espérance de gain et non à un flux financier sûr si votre situation financière ne vous autorise pas la diminution – ou la perte – du capital investi ainsi que son immobilisation prolongée.

 

Pour terminer, vous pouvez vous référer au tableau ci-dessous qui classe certains placements en fonction de leur risque et de leur rendement, tout en indiquant quel est leur degré de liquidité :

 

Placement financier

Rendement

Risque

Liquidité

Compte rémunéré

très faible

nul

++

Compte épargne logement

très faible

nul

++

Compte à terme

faible

nul

-

Livret épargne

moyen

nul

++

Plan épargne logement

moyen

nul

--

Assurance-vie (fonds euros)

moyen

nul

--

Obligations

moyen

modéré à fort

+

Investissement sur l’or

faible

modéré

+

Immobilier (investissement locatif)

fort

modéré à élevé

--

Assurance-vie (unités de compte)

fort

modéré à élevé

--

Bourse

Très fort

élevé

++

 

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